Le Guerrier un film de Simon PernolletRetour sur le site STP Films

Note d'intention



Le voyage du guerrier...


Le Guerrier propose un voyage au sein d'un univers médiéval fictif. Tout au long du film, nous accompagnons Sen dans son retour vers son village natal et observons les changements que cet itinéraire opère en lui.

Le Guerrier est un voyage de 15 minutes dont l'action se déroule en montagne. De belles forêts de hauts sapins jonchent les versants. L'ambiance sonore de la forêt du Guerrier est minimaliste. Autour de Sen, les bruits sont atténués, voire assourdis ce qui renforce la sensation de solitude. Le vent siffle au loin, le bois des sapins craque et l'eau du ruisseau coule doucement. La forêt est isolée de tout et hors du temps. Il s'agit pour Sen d'un sas de décompression lui permettant de perdre définitivement sa carapace.

Le personnage du guerrier évolue dans la montagne et s'immobilise pour observer cet environnement. Les instants de contemplation sont importants car c'est le regard du comédien plus que son corps qui traduit les pensées de Sen. Elles sont noires, usées et désabusées sur le champ de bataille, puis deviennent méfiantes en forêt et finissent par s'apaiser et devenir des pensées plus optimistes, orientées vers la jeune fille et le village de Sen.
Le voyage du guerrier se termine donc sur l'espoir. Celui d'être capable de changer et de se débarrasser de la violence intérieure afin de mieux communiquer avec autrui.

Le Guerrier est un film sur la persévérance. Sen n'est pas un guerrier parce qu'il se bat avec son épée, mais parce qu'il s'obstine à suivre la route qu'il s'est fixé, malgré la noirceur, la brume, la fatigue et les pensées négatives qui l'encombrent.
Garder espoir et surtout rester courageux, voilà le message que j'aimerais que mon film transmette.

L'esthétique du voyage...


Le Guerrier est un défi d'ordre professionnel. Après de nombreux courts métrages tournés en numérique, il est grand temps de passer à un film en pellicule.
Un des défis du film est de tourner exclusivement en lumière naturelle, canalisée et guidée grâce à des draps noirs et des panneaux réflecteurs.

L'intensité et la couleur de la lumière se calque sur la sensibilité du guerrier.
Au début, Sen est en pleine dépression. Le champ de bataille est sous un ciel gris. La lumière blanchâtre aplatit les ombres et donne une teinte pâle à l'image. Une brume plane et limite le champ de vision.
La forêt de sapins est un lieu hors du temps où c'est une ambiance de clair-obscur qui domine. Il règne une obscurité dense traversée par quelques percées du soleil. Le paysage sec et roussi donne à la lumière une teinte ambrée. Lorsque Sen rentre dans la forêt, il a droit à un instant de répit. Les rayons illuminent les sous bois. La forêt est accueillante, le guerrier pourrait se reposer mais l'inquiétude du combat à venir (combat contre lui-même) assombrit le tableau.

La nuit est inquiétante et le matin d'un bleu glacial s'accompagne d'une brume fantomatique. Les angoisses reviennent. Sen s'enfonce dans une forêt plus dense et plus sombre, traqué par des ombres. Le cadre de l'affrontement avec le démon est prêt.

Après le combat, Sen retrouve le ruisseau et la lumière ocre reprend le dessus. Sen reste en pleine clarté tandis que son sabre est laissé à l'ombre des sapins.

Comme dans un roman, le point de vue du film navigue entre la vision du narrateur et les pensées du personnage. Les objectifs à focale courte servent pour les plans larges, donnant l'impression d'un point de vue extérieur plus détaché.
Si nous suivons Sen, nous sommes en longue focale. La profondeur de champ est réduite, ce qui correspond l'état dépressif ou inquiet de Sen. Des travellings réalisés caméra à l'épaule suivent le guerrier dans ses déplacements. Le mouvement cahotant de la caméra montre la difficulté du personnage à avancer, étant donné qu'il est à bout de force.

Le montage ne comporte aucun effet de transition (ni fondu enchaîné, ni fondu au noir) et s'appuie beaucoup sur la rythmique des ellipses.

Le souffle du vent est l'élément fédérateur du film. Sifflant, lointain ou bien fort, il lie toutes les scènes entre elles et varie en fonction de la sensibilité du guerrier. Un souffle qui apporte une atmosphère diffuse, vaporeuse ou bien angoissante.

Les points techniques évoqués ci-dessus auront pour résultat un film à la fois réaliste, épuré et permettront la compréhension des sensations que le guerrier éprouve tout au long de sa quête.